Quoi composter

Peut-on mettre les agrumes dans le compost ? Oui !

En incluant sa forme transformée notamment en jus, l’orange est le fruit le plus consommé des français (environ 33 kg par personne par an en moyenne en 2018-2019, dont 80% transformé), devant la pomme et la banane. Même consommée en frais, l’orange est encore trop souvent pressée comme un citron pour en extraire son jus, la vider de sa pulpe et délaisser les écorces comme de misérables épluchures sans intérêt. 

Les agrumes ont la particularité d’avoir une peau épaisse, résistante aux ravageurs. Leur enveloppe protectrice semble également bien résister au mythe selon lequel il serait mauvais de la mettre à composter.  

Amatrices et amateurs de jus pressé au petit déjeuner, ne jetez plus vos peaux d'agrumes à la poubelle. Contrairement à certaines idées reçues, il est tout à fait possible de composter les agrumes avec les autres déchets de cuisine compostables. 

Tentons de décomposer un par un les arguments des caustiques qui ont fomenté ce complot anti compost contre les fruits du genre Citrus

Idées reçues sur le compostage des agrumes 

Pelures de pamplemousse avec reste de pulpe, demis citrons pressés, mandarines et clémentines… sans oublier le cédrat, yuzu, cumbava, bergamote et autre main de bouddha qui font voyager nos assiettes et égayent nos papilles. Tous les agrumes sont bons dans le compost.

Les agrumes seraient trop acides pour le compost ! Pas du tout...

Les agrumes sont certes plus acides que d’autres fruits et légumes. Cependant, avec un pH compris entre 2 et 4 (2.5 approximativement pour un citron, 3.5 pour une orange), les agrumes ne sont pas beaucoup plus acides que des pommes (pH entre 3 et 4), voire des tomates (pH autour de 4.3). 

A moins de faire un compost composé uniquement d’agrumes, vous avez très peu de risque de rencontrer des problèmes d’acidité dans votre compost, surtout pour un compostage domestique où les quantités sont faibles. De plus, il est tout à fait normal que le pH baisse au début du processus de compostage : c’est la phase acide favorisée par l’activité microbienne. Le pH va ensuite remonter avant de se stabiliser à la fin du processus pour un compost mûr au pH entre 7 et 8. 

Le lombricomposteur est un peu plus sensible aux variations de pH (les vers de fumier Eisenia préfèrent un pH peu acide entre 6 et 8), c’est pourquoi il est recommandé de limiter les apports. Mais aucun soucis pour toutes les autres formes de compostage. 

 

Les agrumes seraient toxiques pour les vers de terre et les bactéries. Euh non..

Les agrumes contiennent des composés aromatiques : notamment le d-limonène, liquide incolore et fortement odorant, très utilisé comme agent de saveur dans les aliments, en parfumerie et dans les huiles essentielles. Ce composé organique, très présent dans l’écorce des agrumes, est utilisé également dans les produits nettoyants pour son odeur rafraîchissante et son action dissolvante. Merci Paic Citron pour le génie marketing anti-gaspillage : une seule goutte suffit. Mais l'essence d'agrume ne fait pas fuir pour autant l’activité microbienne dans le compost, surtout une fois diluée avec les autres déchets organiques.

Les peaux d’agrumes sont riches en éléments minéraux (calcium, potasse) et elles contiennent de l’azote, des sucres facilement fermentescibles, des pectines, de la cellulose et un peu de lignine. Les écorces d'agrumes se décomposent vite et bien quand elles sont humides, appréciées par les microorganismes et notamment vite prises d’assaut par les moisissures ! C’est pourquoi il faut veiller à ne pas les laisser sécher sinon elles se décomposent beaucoup plus lentement. Ne pas non plus laisser les écorces d'agrume en surface du compost, mais bien les enfouir pour éviter qu’elles ne sèchent. 

C'est aussi pourquoi on conseille souvent de découper les peaux d’agrumes en petits morceaux dans un composteur individuel de jardin ou un composteur partagé. Plus les morceaux seront petits et plus ils seront facilement décomposés. Mais ce n’est pas indispensable.

Les agrumes contiendraient des pesticides néfastes pour le compost. Oui mais non...

Beaucoup de cultures de fruits et légumes sont traitées avec des produits chimiques. Du fait de la pelure épaisse des agrumes en comparaison aux autres fruits, les producteurs d’agrumes ont tendance à appliquer des doses plus élevées en traitement post-récolte, notamment les fongicides utilisés comme agent conservateur pour cirer les agrumes et protéger leurs belles peaux colorées et luisantes pendant le transport jusqu’à leur mise en vente. 

D’une manière générale pour tous les fruits et légumes, préférez des produits issus de l'agriculture biologique ou au moins avec un traitement raisonné, notamment sans traitement après récolte pour les agrumes

Ceci dit, même pour des fruits et légumes traités, le compostage offre un environnement optimal pour la destruction des pesticides

D’abord, la montée en température pendant le processus de compostage (60º à 70º C) permet d’accélérer la dégradation microbienne des pesticides, en les rendant plus facilement biodisponibles et donc transformables par les microorganismes. Par effet de réaction secondaire (co-métabolisme), le compost favorise la dégradation par certains microbes de composés indésirables présents dans les pesticides, y compris les molécules chimiques polluantes comme le DDT, PCB et TriChloroEthylène. 

Enfin, les apports divers et variés de matière dans le compost encouragent la diversité de décomposeurs : la microflore (champignons et bactéries), la microfaune, la mésofaune (acariens, cloportes…) et la macrofaune (vers de terre, larves...) constituent une armée de nettoyeurs qui jouent tous un rôle différent dans la décomposition des déchets organiques en composés minéraux (oxyde de soufre, de phosphore, de carbone et eau). Cette grande biodiversité dans le compost augmente statistiquement les chances qu’un pesticide rencontre son décomposeur. Ainsi non seulement le compostage recycle la matière, mais plusieurs études ont montré que d'une certaine manière il dépollue : par dégradation biologique des composés toxiques, par volatilisation ou encore par absorption (le pesticide reste présent sur une molécule de compost, mais il peut devenir inactif). A noter que cela peut varier considérablement d’un pesticide à un autre. 

En résumé : 

Délivrez le compost de cette légende urbaine, et apportez lui des oranges.

Et pour les gros producteurs de pelures d'agrumes et/ou adeptes du lombricompostage, pensez aux différentes manières de les recycler autrement.

Recettes et astuces zéro déchet avec les peaux d’agrumes

Le zeste d’agrume contient une certaine amertume, l'albédo, intéressante pour la cuisine (surtout lorsque le fruit est bio). Il existe de nombreuses manières d’utiliser les peaux d'agrumes dans la cuisine, plutôt que de les jeter. En voici quelques-unes.

En pâtisserie ou en confiserie, les zestes d'agrumes donneront beaucoup de goût à vos préparations : l’orange confite au sucre ou l’orangeat, les orangettes au chocolat, la tarte au citron confit, le sorbet au citron, le pudding à l’orange ou encore la confiture d’orange amère… Dans vos préparations salées, les zestes d’agrumes peuvent accompagner un bon tajine (au citron confit) ou un canard à l'orange. 


Crédit photo Yana Gorbunova

Comme boisson ou aromate, pensez aux eaux aromatisées, au thé aux agrumes (les feuilles de thé blanc ou de rooibos absorbent très bien les parfums) ou encore à l’huile d’olive aromatisée. Et soyons fous, vous pouvez tenter d’utiliser vos pelures d’agrumes pour faire un limoncello maison (liqueur de citron), voire même votre propre cointreau (liqueur d’orange). 

Enfin, vous trouverez facilement en ligne une bonne liste de trucs et astuces pour réutiliser vos épluchures d’agrumes autrement qu'en cuisine : pot-pourri, gommage naturel et anti-mites. 

Sources : 

Agreste.agriculture.gouv.fr

Composts et Paillis, Denis Pépin

Persistence and dégradation of pesticide in composting, Andrew Singer and David Crohn


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