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Comment utiliser le compost ?

Le compost n’est pas un terreau. Le terreau est un support de culture dans lequel on plante directement, issu de terre végétale enrichie et mélangée avec d’autres substances organiques (fumier, écorce, tourbe, fibres…).

Le compost mûr est un composé complexe qui s’utilise à la fois comme un amendement (matière visant à améliorer la structure du sol et sa qualité agricole) et comme un engrais (produit fertilisant qui stimule la croissance des plantes). Il s'agit d'un intrant particulièrement productif, à utiliser avec mesure et humilité pour profiter de ses bienfaits.

Le compost s’utilise surtout en surface.

Le compost ne doit donc pas être utilisé pur pour y semer les graines, sinon il y a peu de chances de voir germer quelque chose (mis à part peut-être des tomates ou des courges, plantes très exigeantes en nutriments et capables de germer dans du compost pur). La meilleure façon d’utiliser le compost est de l’épandre à la surface du sol, puis de griffer la terre pour mélanger le compost avec la couche supérieure du sol (sur 5 centimètres environ). 

Idéalement il est préférable de recouvrir le compost d’un paillis, c’est la meilleure manière de reproduire l’humus qui se forme naturellement à l’automne dans la forêt : les feuilles mortes tombées au premier étage (rôle de paillis), la matière organique décomposée au niveau inférieur (feuilles mortes de l’année passée, débris végétaux, animaux, crottes…), puis la terre végétale en dessous (couche du sol riche en matière organique et en micro-organismes) et enfin le sol minéral plus profond, proche de la roche mère. 

Ne surtout pas enfouir le compost.

Attention à ne pas enfouir le compost dans le sol, car le manque d’oxygène et de micro-organismes en profondeur peut favoriser l’émission de méthane et autres produits toxiques lors de fortes pluies, ainsi que le développement de parasites pour les plantes (vers blanc, pucerons, maladies…). 

Rôle du compost dans le fonctionnement du sol. 

Le sol est vivant. Il constitue la partie animée de la croûte terrestre et peuplée par une grande diversité de microorganismes. Du point de vue agronomique, un bon sol doit être constitué d’au moins 3% à 5% de matière organique (dépendant du type de sol et de sa teneur en argile), c’est l’équivalent du taux d’humus, la couche supérieure du sol qui grouille d'activité biologique. Certaines prairies en très bon état auront un taux plus élevé alors que les monocultures céréalières alimentées en intrants chimiques présenteront des taux bien inférieurs…

Un sol en bonne santé est un sol nécessairement riche en matière organique et surtout riche de vie, comme le décrit si bien Peter Wohlleben dans La vie secrète des arbres : « Une poignée de terre forestière contient plus d’organismes vivants qu’il y a d’êtres humains sur Terre. Une cuillère à café contient déjà à elle seule un kilomètre de filaments de champignons. Tous ces organismes ont une action sur le sol; ils le modifient, l’amendent, lui donnent sa valeur pour les arbres. » 

Le compost apporte de la matière organique au sol

La matière organique se dégrade d’abord lors du compostage qui la transforme en eau, en gaz, en chaleur, en minéraux et en compost (matière organique humifiée, au sens chimique). C’est une première étape de biodégradation de la matière. Le compost agit ensuite comme l’humus : il stocke le résidu de matière organique, d’eau et de nutriments qui n’ont pas été totalement décomposés lors du compostage et libère progressivement tous ces éléments dans le sol une fois épandu, plus lentement. C’est la minéralisation ou transformation finale de la matière organique en éléments minéraux et inorganiques qui deviennent de nouveau disponibles pour les plantes. C’est pourquoi un sol perd naturellement de la matière organique au fil du temps. Cette perte doit être compensée par de nouveaux apports, sous forme de compost, de fumier ou de paillis de végétaux (feuilles, branches…).  

Il faut des milliers d’années pour créer naturellement quelques centimètres de sol de surface en bonne santé, où les échanges entre le sol et la plante s’équilibrent. Si une prairie était laissée totalement libre d’activité humaine, elle finirait par (re)devenir forêt, dans peut-être mille ou deux mille ans. Pour pousser cette extrapolation magique révélatrice des pouvoirs du sol, laissons germer le concept de Philippe Desbrosses, pionnier de l'agriculture biologique en Europe, dans l’esprit de nos décideurs politiques : 


“Le sol crée son propre climat. La végétation qu’il produit, c’est d’abord sa propre nourriture.”  

Extrait de "La terre malade des hommes", par P. Desbrosses.

Le compost ne va pas restaurer les forêts primaires certes, mais il participe à la régénération des sols et à les laisser jouer leur rôle de puits de carbone. Le potager est évidemment l’endroit où l’utilisation du compost est pertinente. Il vient enrichir la terre en compensant la perte d’éléments consommés par les plantes (elles-mêmes consommées par les humains, et donc non destinées à pourrir sur place pour retourner dans la biomasse du sol ; c'est par ailleurs le but d'un engrais vert) et en reconstituant l’humus érodé par le travail du jardinier. Le compost comble ces deux brèches dans le cycle naturel du sol, brèches qui n'existent pas dans la forêt.

Crédit : John Tecuceanu


Utiliser le compost lors des plantations. 

Le compost mûr peut être apporté en surface et mélangé avec les 5 à 10 premiers centimètres du sol lors des plantations (et surtout ne pas enfouir le compost au fond du trou, au risque de se répéter) : 

  • Légumes exigeants (tomates, courges, artichauts…) : 2 à 3 kg par plante
  • Légumes moins exigeants (carotte, haricot, persil, pois…) : 1 à 2 kg par plante
  • Plantes vivaces : 0,5 à 1 kg par plante
  • Arbustes et rosiers : 3 à 6 kg par arbustes
  • Arbres fruitiers ou d’ornement : 8 à 10 kg par arbre
  • Création de pelouse : 2 à 3 kg / m2 avant de semer

Attention à utiliser un compost bien mûr, de couleur sombre, bien homogène et peu odorant. Le compost mûr ne comporte aucun risque pour le sol et les plantes, à la différence d’un compost demi-mûr qui peut bloquer la germination des graines et qui ne doit s’utiliser qu’à l’automne.

Dépendant du type de plantations, le compost mûr peut s’utiliser du printemps à l’automne

Utiliser le compost en entretien. 

Le compost permet d’entretenir la terre, notamment les terres pauvres en humus ou celle du potager très sollicitée par les cultures exigeantes qui exportent une bonne partie de la biomasse produite par le sol. Le compost est toujours à utiliser en surface, après récolte à la fin de l’été ou début d'automne, ou en fin d’hiver : 

  • Plantes vivaces : entre 1 et 2 kg / m2 tous les 2 ans
  • Arbres et arbustes : entre 1 et 2 kg / m2 tous les 3 à 4 ans
  • Arbres fruitiers : 3 kg / m2 tous les 2 ans, en automne
  • Arbustes fruitiers (fraisiers, framboisiers…) : 3 à 5 kg / m2 par an
  • Pelouse : 0,5 kg / m2 tous les 3 à 4 ans

Attention à ne pas trop abuser du compost ! Utilisé en excès, un compost nutritif et bien gras issu de matière organique riche en azote peut libérer des nitrates dont les plantes se nourrissent à outrance, favorisant leur vulnérabilité vis à vis des maladies et des ravageurs. De même que l’utilisation excessive d’un compost plus fibreux et riche en carbone, bon pour structurer plus durablement le sol mais plus pauvre en azote, pourrait freiner la croissance des plantes à court terme. L’idéal étant d’utiliser un compost bien équilibré (réalisé avec 2 tiers de matière fraîche riche en azote pour 1 tiers de matière sèche riche en carbone), bien mûr, à la fois nutritif et structurant, dans des proportions raisonnables

Crédit : Jonathan Hanna


Utiliser le compost pour la création d’un jardin. 

Avant de créer un jardin, il est nécessaire de connaître la nature et la qualité du sol. Les sols pauvres en humus, comme c’est souvent le cas dans les villes où la terre de remblais a chassé la terre végétale d'origine, il sera nécessaire d’amender le sol avec du compost, pendant plusieurs années. 

  • 15 kg / m2 lors de la création du jardin sur un terrain très pauvre
  • puis 10 kg / m2 par an pendant 2 ou 3 ans (avec des apports en automne et au printemps)

Pour les terres pauvres en argile comme les terres sableuses ou les terres limoneuses, les proportions indiquées dans les utilisations du compost pour les plantations et pour l’entretien peuvent être augmentées d’un tiers, mais pas plus. Toujours en privilégiant également le paillis pour recouvrir le sol et le protéger. 

Utiliser le compost pour les rempotages et semis. 

Pour les semis, les rempotages de plantes vertes et de jardinières, le mélange est le suivant : 

  • 1 tiers de compost, 2 tiers de terre de jardin 

Utiliser le compost pour les plantes d’intérieur. 

Pour les plantes d’intérieur, le compost bien mûr peut s’utiliser en surface, en remplaçant par du compost les 2 à 3 centimètres de la couche supérieure du pot, dépendant de la taille du pot et de sa plante. De cette manière, le compost va apporter ses éléments nutritifs progressivement aux racines en profondeur, au fil du temps et des arrosages. 

A utiliser de préférence 1 ou 2 fois par an, entre avril et octobre, hors de la période de repos de la plante. En plus de nourrir la plante, le compost va enrichir la structure du substrat sur le long terme et éviter de devoir rempoter la plante. 

Sources : 

Composts et paillis, Denis Pépin

Wikipédia.org


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